Syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur

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BFM TV – Amélie Oudéa-Castéra : doit-elle démissionner ?

« En tant que ministre de l'Éducation nationale, les premières paroles que vous prononcez sont pour critiquer les personnels que vous êtes censée défendre. Avez-vous déjà vu un ministre de l'Intérieur insulter les policiers en arrivant ? Je ne crois pas, c'est catastrophique »
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC
Visite compliquée sous les huées. La ministre de l’Éducation nationale en difficulté à l’école Littré à Paris.
 
Jean-Rémi GIRARD, président national du SNALC (syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur), réagit sur le plateau de LCI le 16 janvier 2024.

LCI – Elizabeth Martichoux

Nous accueillons maintenant Jean-Rémi Gérard, le président du syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur. Soyez le bienvenu ! “Syndicat classé à droite”, à ton coutume de dire ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

C’est faux.

LCI – Elizabeth Martichoux

Vous dites non ; nous, on parle à tout le monde.

SNALC – Jean-Rémi Girard

Nous sommes complètement indépendants des partis. [Cf. article premier des statuts du SNALC] (…)

LCI – Paola Puerari

Jean-Rémi Girard, président du SNALC, êtes-vous d’accord avec ces propos de M. Vannier, qui estime que cette ministre doit partir, doit démissionner ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

Je suis président d’un syndicat, ce n’est pas à moi de déterminer si une ministre doit rester ou non. Nous devons la rencontrer cet après-midi, et si elle pouvait démissionner après que nous l’ayons vue, ce serait très apprécié, car j’ai fait venir du monde, quand même. Néanmoins, au-delà de cela, les constats qui sont indiqués sont parfaitement exacts. L’Éducation nationale traverse la plus grande crise que nous n’ayons jamais connue, avec une crise de recrutement sans précédent et un manque d’attractivité absolument abyssal.

Il est vrai que ces derniers jours, on parle des enfants de la ministre, on parle de tout cela. Cependant, le problème n’est pas où la ministre scolarise ses enfants. Elle a le droit de les inscrire dans l’école la plus élitiste du pays, elle en a la possibilité. Beaucoup de Français n’ont pas cette opportunité, mais c’est sa vie privée, elle fait ce qu’elle veut et ce qu’elle peut. 

En revanche, les propos qu’elle a tenus, elle les a prononcés en tant que ministre de l’Éducation nationale. Je peux vous dire, puisque nous avons de nombreux retours de collègues, y compris dans mon lycée où je suis toujours devant les élèves, que tout le monde a bien compris le message: “le privé, c’est mieux que le public ; le public, ce sont des gens qui sont absents ; heureusement que j’ai mis mes enfants dans le privé, ils ont des amis et ils vont mieux”… En tant que ministre de l’Éducation nationale, les premières paroles que vous prononcez sont pour critiquer les personnels que vous êtes censée défendre. Avez-vous déjà vu un ministre de l’Intérieur insulter les policiers en arrivant ? Je ne crois pas. C’est catastrophique.

Nous allons lui en parler cet après-midi. Nous verrons ce qu’elle a à nous dire. 

LCI – Paola Puerari

Demandez-vous, à l’instar de certains politiques, et surtout de la présidente du SNES, des excuses publiques de la ministre ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

Ce n’est pas à nous de demander des excuses publiques. Elle est ministre. À un moment donné, c’est à elle d’avoir la hauteur de vue pour savoir ce qu’elle doit faire. Ce n’est pas à nous de lui dire “il faudrait que vous fassiez ceci”. Je ne suis pas conseiller de la ministre – heureusement, sinon elle ne ferait peut-être pas cela. Néanmoins, ce qu’il faut bien voir, c’est qu’aujourd’hui, elle n’a plus seulement la responsabilité de ses propres enfants. Elle a la responsabilité de l’ensemble des enfants du pays. Elle a pointé des dysfonctionnements, réels ou fictifs, on finira bien par le savoir par rapport aux reproches qu’elle a faits. Mais aujourd’hui, c’est elle qui a la responsabilité des dysfonctionnements. 

LCI – Paola Puerari

C’est réparable. Décrivez-vous une arrivée catastrophique ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

Oui, c’est la politique française. Tout peut toujours arriver. Imaginons que demain, elle dise effectivement “Mes propos ont dépassé ma pensée. J’en ai parlé avec le Premier ministre et le président de la République. Il y a un problème d’attractivité. L’an prochain, nous augmentons tous les enseignants de 300 euros par mois…”  Je ne vous garantis pas que c’est le scénario !

LCI – journaliste

Il y a déjà eu des augmentations !

SNALC – Jean-Rémi Girard

Très peu par rapport à l’inflation. La plupart des collègues continuent de perdre du pouvoir d’achat. Ce n’est pas facile.

SNALC – Jean-Rémi Girard

D’ailleurs, une grève est prévue pour le 1er février afin de réclamer une augmentation des salaires. Est-ce que cette grève pourrait prendre un autre tournant avec cette politique ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

Pour le moment, au SNALC, nous n’appelons pas à la grève du 1er février, sauf en ce qui concerne la réforme de la voie professionnelle, où nous avons un dossier très spécifique sur ce qui se passe de manière très préoccupante : il s’agit d’une réforme que personne n’a votée au Conseil Supérieur de l’Éducation, y compris le MEDEF. Si même le MEDEF n’est pas en accord avec votre réforme de la voie professionnelle, cela indique que quelque chose ne va pas. Vous n’avez le soutien ni des parents, ni des enseignants, ni des élèves, ni des entreprises.

Cependant, au vu de la situation actuelle, même nous, nous commencerons à nous poser la question d’appeler à la grève. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Nous avons souvent du mal avec ces grèves ponctuelles d’un jour. On fait la grève un jour et on reprend les cours le lendemain, et six mois plus tard, on en refait une… Ces grèves semblent de moins en moins efficaces. Les collègues sont de plus en plus favorables à un mouvement long et durable. Ils prennent l’exemple du Canada, par exemple. Nous aimerions construire quelque chose de cet ordre en lien avec le problème n°1, qui est que nous n’arrivons plus à recruter des enseignants, nous n’arrivons pas à recruter des accompagnants d’élèves en situation de handicap, et ceux que nous avons ont de plus en plus envie de partir. (…)

SNALC – Jean-Rémi Girard

Alors, ce n’est pas tout à fait une liberté pour tout le monde. Si quelqu’un a envie de scolariser son enfant à Stanislas, il y a de fortes chances que la réponse soit non. Il y a des listes d’attente longues comme le bras dans les établissements privés les plus demandés. 

Il est effectivement très important de contrôler le privé sous contrat, car on y investit de l’argent public. Donc, naturellement, il faut savoir comment cet argent est utilisé. Le privé ne doit pas se cacher derrière son caractère propre, terme utilisé parfois pour justifier des pratiques douteuses avec des fonds publics. Pour ma part, je ne suis pas là pour dénoncer ou affirmer qu’ils commettent des actes illégaux. Je n’en sais de toute façon rien, ce n’est pas mon rôle.

Ce qui est vraiment important dans le fonctionnement du système éducatif français, c’est qu’effectivement, nous avons un système asymétrique avec un privé existant. Si on supprime le privé l’année prochaine, le système s’effondre. Par exemple, en Bretagne, la moitié des établissements sont privés. Néanmoins, nous avons un système asymétrique. Une partie du système déroge à la carte scolaire, peut sélectionner ses élèves, tandis que l’autre partie du système, le public, prend ce qui reste. Nous, nous sommes très heureux d’avoir nos élèves et nous faisons tout notre possible pour les amener le plus loin possible. Cependant, c’est comme si nous courions un cent mètres et qu’on plaçait quelqu’un à 50 mètres avant la ligne d’arrivée qui nous envoie quelque chose sur la piste pour nous ralentir. Vous voyez, c’est compliqué. Nous demandons que les ministres de l’Éducation nationale – peu importe où ils scolarisent leurs enfants (c’est leur affaire) – accordent des avantages au public pour équilibrer les avantages du privé. Nous ne disons pas qu’il faut supprimer le privé, mais à un moment donné, le public doit être attractif pour que les gens aient envie d’y aller.

LCI – Paola Puerari

Et justement, pourquoi est-ce que les parents aujourd’hui préfèrent le privé ? Y a-t-il des études sur la question ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

Oui, il y a des études sur la question. Généralement, pas sur la question des absences d’enseignants, d’ailleurs, parce qu’il y a aussi des absences d’enseignants dans le privé. Les chiffres sont relativement comparables, en fait, entre public et privé. Il y a peut-être un peu plus de remplacement en interne, mais vraiment, c’est rien. Honnêtement, ça se joue peut-être à 5-6 heures de cours sur l’ensemble de la scolarité. C’est absolument rien.

Généralement, c’est pour des questions de sécurité, de climat scolaire, et c’est pour des questions de taux de réussite aux examens. Si vous prenez, pour sortir un peu de Paris, même si on ne va pas très loin, dans le 92, les collèges et les taux de réussite aux brevets, vous voyez des secteurs où tous les collèges publics affichent des taux de 70 à 80 %, puis vous avez l’établissement privé au milieu qui, lui, est à 90, voire 95 %. C’est presque une prophétie autoréalisatrice. C’est-à-dire que des gens vont se dire “je vais mettre mon enfant dans le privé.”

LCI – Elizabeth Martichoux

Cela ne correspond pas à la qualité de l’enseignement réelle ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

Ce sont les mêmes professeurs. Ils ont suivi les mêmes cours. Il y a même moins de contractuels dans l’enseignement public en proportion que dans le privé

LCI – journaliste

Si vous prenez le top 100 des collèges, les notes au brevet dans le top 100, c’est 91 collèges privés…

SNALC – Jean-Rémi Girard

Cela correspond aux indices de positionnement social. Là, le ministère a réalisé une excellente étude sur le sujet. Plus vous êtes favorisés socialement, plus vous mettez vos enfants dans le privé. On sait qu’aujourd’hui, la France est un pays où inégalités sociales et inégalités scolaires vont de pair. Donc, forcément, si on place les meilleurs élèves à un endroit, cet endroit a un meilleur taux de réussite.

LCI – Elizabeth Martichoux

Va-t-elle faire amende honorable ? Va-t-elle réussir à retisser un lien ? C’est envisageable ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

Va-t-elle arriver à dire qu’en fait, non, il n’y avait pas un paquet d’heures non remplacées ? Parce qu’une fois encore, là, on parle d’une école primaire du 6e arrondissement de Paris en 2009, où la crise des recrutements n’était pas du tout au même niveau, et il n’y avait pas de crise des recrutements dans le 1er degré à cette époque-là. Le fait de dire, “oui, il y a ces paquets d’heures non remplacées dans une école publique du 6e arrondissement primaire en 2009”, je vous assure que moi, j’attends de voir des chiffres, ce n’est pas le scénario le plus probable. Ça paraît assez peu réaliste. Et le fait qu’en plus cela gêne les parents, le primaire fonctionne différemment du secondaire. Habituellement, quand un enseignant est absent, on répartit les élèves dans les autres classes. Ce qui fait qu’a priori, les parents ne sont pas gênés, ils n’ont pas à récupérer leur enfant, ils peuvent le faire s’ils le veulent, mais à moins que spécifiquement dans cette école, on ne fasse pas ce qu’on fait dans toutes les écoles publiques du territoire, une fois encore, la version de la ministre est faible.

LCI – journaliste

Quand on décrit cela pour les parents, on le voit aussi du côté des enseignants : ils font le choix du privé plutôt que du public ? Y a-t-il une désertion du public ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

Ça ne se voit pas du tout, on a du mal à recruter dans le privé aussi. C’est le métier d’enseignant dans son ensemble qui est attaqué. On n’est pas mieux payé dans le privé que dans le public, et on n’est pas bien payé dans le privé non plus. De plus, la proportion d’enseignants qui n’ont pas le concours est actuellement plus importante dans les établissements privés. Il est possible que si on continue dans la crise des recrutements, à un moment le public rattrape, parce qu’on commence vraiment à ne plus arriver à recruter, mais la crise est aussi présente dans le privé.

LCI – journaliste

Sur place, on entend huer ou réclamer de l’argent public pour l’école publique, si j’ai bien compris ce qu’il disait. Vous n’auriez pas hué la ministre à son arrivée ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

Je la vois cet après-midi. On va essayer d’échanger. Néanmoins, je comprends très bien. Une fois encore, moi, je ne comprends pas ce que fait la ministre. Elle a sorti une monstruosité en tant que ministre de l’Éducation nationale, peut-être même sur des choses fausses, à vérifier. Elle continue de dire “je voulais le meilleur pour mes enfants.” À chaque fois qu’elle dit ça, elle critique l’école publique, puis elle dit ensuite qu’il faut que ça s’arrête… Le premier déplacement qu’elle fait, c’est juste dans l’école d’où vient la polémique ! Elle semble vouloir que la controverse persiste…

LCI – journaliste

Vous n’aviez pas imaginé cela quand Gabriel Attal a été nommé Premier ministre, quand vous avez vu le nom d’Amélie Oudéa-Castera : quand je vais la rencontrer, on va connaître cette situation ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

Je n’ai jamais vu un ministre de l’Éducation nationale commencer aussi mal. Dieu sait qu’il y en a qui ont eu des difficultés. Dès la première sortie, je crois que c’est nouveau. (…)

LCI – Elizabeth Martichoux

M. Girard, cette réunion cet après-midi avec la ministre ?

SNALC – Jean-Rémi Girard

On fera un communiqué à la sortie de la réunion. Je vous avoue qu’il y a eu des premières audiences avec des ministres qui se présentaient mieux. La question, c’est à un moment, est-ce qu’au-delà de ce qui s’est passé, elle est capable de répondre à la crise d’attractivité, de dire “Je vais me battre”, ce qu’elle aurait dû dire au début en disant “Je les ai mis dans le privé” … “mais je vais me battre pour que le public soit formidable et que les choix se fassent sur des questions confessionnelles, et pas sur des questions techniques ou sur des questions d’attractivité globale.”

« La question, c'est à un moment, est-ce qu'au-delà de ce qui s'est passé, elle est capable de répondre à la crise d'attractivité, de dire, " [...] "Je les ai mis dans le privé" ... "mais je vais me battre pour que le public soit formidable et que les choix se fassent sur des questions confessionnelles, et pas sur des questions techniques ou sur des questions d'attractivité globale."»
Jean-Rémi GIRARD
Président du SNALC
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