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BFMTV – École : le redoublement vraiment efficace ?

« La difficulté, c'est qu'on a fait disparaître le redoublement, dont l'efficacité est effectivement discutée, [...] sauf qu'on l'a remplacé par le passage systématique dans la classe supérieure, sans aucune aide. Et alors ça, on sait que ça ne marche pas »
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC

Le retour du redoublement : vraie solution ?

Jean-Rémi Girard, président du SNALC, est l’invité, Céline Pitelet dans à l’épreuve des faits sur BFMTV le 9 décembre 2023

BFMTV – Céline Pitelet
Le redoublement est-il efficace ? On se pose la question puisque Gabriel Attal en a parlé cette semaine. On va donc commencer par le redoublement. Ce seront désormais les enseignants et non plus les familles qui auront le dernier mot. On écoute le ministre Gabriel Attal. […] Comment ça se passe aujourd’hui pour vous en classe ? Merci de nous avoir rejoint, Jean-Rémi Girard. Vous êtes professeur de français au lycée et président du SNALC. Comment ça se passe aujourd’hui pour vous ? Si vous proposez à un élève de redoubler, comment réagit la famille ? Comment c’est perçu ?

SNALC – Jean-Rémi Girard
Alors, c’est très variable. Il faut savoir qu’aujourd’hui, le taux de redoublement dans la quasi-totalité des classes est en dessous de 1%. C’est-à-dire qu’il n’y a quasiment plus de redoublement. Les rares cas de redoublement que l’on a, ce sont des élèves qui ont été, par exemple, malades pendant une partie de l’année scolaire, des élèves qui n’ont pas eu leur bac et qui redoublent pour essayer de l’avoir l’année suivante. Ça peut arriver encore qu’on le propose. C’est la famille qui décide. Dans beaucoup de cas, il y a un échange, une discussion avec la famille. La plupart des familles sont tout à fait à l’écoute. Mais ça se termine généralement par “on en a discuté, finalement, on préfère lui laisser sa chance dans la classe suivante”. Généralement, on n’avait pas tort. C’est-à-dire que souvent, on constate que l’année d’après, les miracles annoncés par l’élève, comme quoi il allait se mettre au travail, etc., ça peut exister, mais c’est plutôt la minorité.

BFMTV – Céline Pitelet
Alors, on va faire un petit bond dans le passé. Le redoublement, c’était une pratique qui a pu être assez courante dans les écoles primaires de la 3e République. Au moment de la création du collège unique en 1975, il est devenu plus rare. Ensuite, dans les années 80 et depuis une dizaine d’années, le recours au redoublement a fortement baissé. D’ailleurs, quand on regarde un peu la loi de 2013, la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République, on peut lire : “Il convient de poursuivre la réduction progressive du nombre de redoublements car il s’agit d’une pratique coûteuse et dont l’efficacité pédagogique n’est pas probante. Le redoublement d’une année scolaire doit être exceptionnel.” Vous l’avez un peu évoqué tout à l’heure, mais le taux de redoublement dans vos classes, c’est combien ?

SNALC – Jean-Rémi Girard
C’est moins de 1% dans la quasi-totalité des classes aujourd’hui. En fait, il n’y en a quasiment plus. C’est une chute très importante depuis l’an 2000, même si le phénomène est encore plus ancien. Et cette loi en 2013, puis l’application en 2014, ont fait que le redoublement a quasiment disparu. La difficulté, c’est qu’on a fait disparaître le redoublement, dont l’efficacité est effectivement discutée – et le redoublement comme système est discuté – sauf qu’on l’a remplacé par le passage systématique dans la classe supérieure, sans aucune aide. Et alors ça, on sait que ça ne marche pas pour le coup.

BFMTV – Céline Pitelet
On va regarder les chiffres qui étaient dans l’enquête PISA 2022, qui a été publiée cette semaine par l’OCDE, et qui montre qu’en France, les élèves redoublent beaucoup moins qu’en Allemagne ou en Espagne. 10% d’élèves ont redoublé au moins une fois au primaire ou au secondaire. En Allemagne, c’est 19%, et en Espagne, c’est 21%. C’est beaucoup moins dans les pays du nord de l’Europe et au Royaume-Uni. […]
Jean-Rémi Girard, une réaction à ces chiffres, à ces études ?

SNALC – Jean-Rémi Girard
Oui, en fait, on a réalisé un certain nombre d’études sur le redoublement dans des conditions scientifiques que l’on peut qualifier de discutables. Pour des raisons très évidentes, c’est qu’on ne peut pas à la fois faire redoubler et ne pas faire redoubler le même élève. Du coup, pour mener des études scientifiques, il a fallu essayer de trouver des panels comparables aux élèves qui redoublaient, mais qui eux n’ont pas redoublé. Les chercheurs qui ont réalisé les études sur le redoublement en ont souvent conclu qu’elles-mêmes présentaient beaucoup de biais.

BFMTV – Céline Pitelet
Oui, sur la méthodologie, c’est vrai.

SNALC – Jean-Rémi Girard
Donc, c’est très difficile en plus d’évaluer un autre effet potentiel du redoublement qui est l’effet, non pas individuellement sur l’élève qui redouble, mais sur l’ensemble du système, c’est-à-dire le fait de ne pas avoir envie de redoubler et donc de se dire “bah, je vais peut-être me mettre au travail pour éviter d’avoir à redoubler”. Tout ça pour dire d’une part que c’est quand même mieux que ce soient les enseignants qui décident, parce que nous sommes les professionnels et que l’on ne va pas d’un seul coup se mettre à faire redoubler tout le monde – il ne faut pas s’inquiéter, très clairement – mais que cela rappelle notre professionnalité. Cela va aussi de pair avec l’autorité de l’école de manière générale. Si nous mettons des notes, si un élève a trois de moyenne et qu’on dit “bah non, ce n’est pas grave, il passe dans la classe supérieure, tout va bien se passer”, forcément l’autorité de l’école en prend un coup. La deuxième chose, c’est qu’il y a sans aucun doute d’autres choses plus efficaces que le redoublement. Elles ont généralement le défaut de coûter plus cher que le redoublement, qui est une pratique certes budgétairement un peu coûteuse, mais beaucoup moins que les autres pratiques qui pourraient exister. […]

BFMTV – Céline Pitelet
On a une question pour vous, question d’une téléspectatrice, de Claire à Jean-Rémi Girard. Elle nous dit : “Est-ce que ce ne serait pas mieux de prévoir des classes de remise à niveau pour réapprendre à lire, écrire, compter avec un professeur spécialisé ?”

SNALC – Jean-Rémi Girard
Oui, ce serait mieux, très clairement. Cela coûte plus cher, et effectivement, il y a un certain nombre de choses qui sont passées dans le système. Je pense aux RASED à l’école primaire, les réseaux d’aide avec des maîtres spécialisés qu’on a massacrés dans les années 2010. Ce sont des choses qui avaient un impact très positif. Je pense aux groupes de niveau, puisque le ministre est en train d’en parler en collège. Si on fait un groupe de niveau à 15 élèves, il est évident qu’un élève en difficulté va peut-être avoir plus la possibilité de travailler, de s’exprimer, et le professeur va avoir davantage la possibilité de le voir, plutôt que perdu dans une classe de 28. Dernier point, le ministre propose ce qu’il a appelé la « prépa lycée », c’est-à-dire qu’un élève de troisième qui n’aurait pas le brevet devrait faire une année de préparation avant d’entrer en classe de seconde. Ça, c’est une vraie alternative au redoublement plutôt que de refaire une deuxième fois la même année de troisième : faire une année spécifique – on l’espère en groupe à effectif réduit là aussi – pour acquérir les bases permettant de réussir sa seconde. C’est beaucoup mieux, ça coûte clairement plus cher, et ça demande des enseignants. Mais en ce moment, des enseignants, on a clairement du mal à en trouver.

BFMTV – Céline Pitelet
Merci beaucoup, merci Jean-Rémi Girard d’avoir été avec nous.

« ... Si on fait un groupe de niveau à 15 élèves, il est évident qu'un élève en difficulté va peut-être avoir plus la possibilité de travailler, de s'exprimer, et le professeur va avoir davantage la possibilité de le voir, plutôt que perdu dans une classe de 28....»
Jean-Rémi Girard
Président du SNALC
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