« Nous partîmes huit mille, et par de longs efforts
Nous nous vîmes cinq cents arrivant presque morts… »[1]
La chute des postes au CAPES de lettres classiques est vertigineuse et témoigne du désengagement massif de l’État dans le recrutement de professeurs spécialisés en langues anciennes au cours des dernières décennies. Ainsi est-on passé de 320 postes offerts en 2000 à 60 en 2025, au bas mot 5 fois moins ! Et c’est dix fois moins si l’on remonte à 1996… Autre chiffre parlant : pour la première fois de son histoire, le CAPES de lettres classiques a offert moins de postes que l’agrégation (61 pour cette dernière qui est restée beaucoup plus stable).


Cette chute du nombre de postes s’est accompagnée d’une baisse impressionnante du nombre de candidats au point qu’à partir de 2011, le nombre de postes est devenu sensiblement supérieur au nombre de présents. Il n’a donc plus été possible de les pourvoir tous malgré un taux de réussite en augmentation. La lecture des rapports de jurys montre la tension entre le souhait de ne pas perdre de postes et la volonté affichée de ne pas (trop) brader les exigences du concours. Les soubresauts conjoncturels des différentes réformes du concours (masterisation, place du concours en M1 ou M2, fusion des concours de lettres classiques et modernes avec options en 2013) ne sauraient en effet masquer les véritables causes de cette désaffection : une perte d’attractivité du métier en général et un abandon total des Humanités en particulier. Les candidats qui se présentent encore à un concours devenu aussi confidentiel que l’agrégation doivent avoir la foi chevillée au corps et l’institution elle-même affiche la couleur. En témoignent les accents de plus en plus lyriques des rapports de jury célébrant les candidats, héros prêts au sacrifice. Tel était déjà l’état d’esprit de Patrick Laudet, président du jury du CAPES 2016 : « Il faut véritablement saluer tous les candidats qui se sont présentés (…) et qui ont envisagé parfois avec une résolution civique admirable et un sens aigu de l’engagement de devenir professeur de lettres. » Voilà qui fait envie !





