Par Anne MUGNIER, membre du Bureau national du SNALC chargƩe des rƩmunƩrations.
Avec la contribution de Danielle ARNAUD, secrƩtaire nationale du SNALC chargƩe des personnels contractuels, et de Christophe DOMENGE, SNALC de Grenoble (graphiques).
Lāannonce Ć©tait attendue :Ā le SMIC est revalorisé de 2,41Ā % au 1erĀ juin et passe de 1Ā 823,03 ⬠à 1Ā 867,02 ⬠brut par mois, soit une hausse mensuelle de 43,99 ⬠brut. En effet, il est indexĆ© sur lāinflation, actuellement en forte hausse en raison des tensions gĆ©opolitiques au Proche-Orient.
En revanche, ce nāest pas le cas de la valeur du point dāindice qui dĆ©termine le niveau des traitements dans la fonction publiqueĀ : aprĆØs avoir Ć©tĆ© officiellement dĆ©sindexĆ©e de lāinflation en 1982, elle en a fortement dĆ©crochĆ© Ć partir des annĆ©es 2000, avant dāĆŖtre rĆ©guliĆØrement gelĆ©e Ć partir de 2010.
La derniĆØre revalorisation du point dāindice date de juillet 2023, suivie en janvier 2024 dāune hausse de 5 points des indices majorĆ©s de toutes les grilles de rĆ©munĆ©ration. Ces mesures ont Ć©tĆ© loin de compenser lāinflation, et le dispositif de la GIPA, destinĆ© Ć compenser la perte effective de pouvoir dāachat, a Ć©tĆ© parallĆØlement suspendu en 2024.



Si toute augmentation du SMIC reste donc une bonne nouvelle pour les plus petits salaires, elle a, en lāabsence de politique de revalorisation globale, des consĆ©quences sur lāensemble des grilles et espaces indiciaires de la fonction publique qui pĆØsent sur son attractivitĆ©, notamment dans lāĆducation nationale.
Tout dāabord, la hausse du SMIC a un impact direct et concret sur les grilles et espaces indiciaires des catĆ©gories les moins bien rĆ©munĆ©rĆ©es dans lāĆducation nationaleĀ :Ā personnels contractuels et personnels titulaires de catĆ©gorie C, voire B. En effet, la valeur mensuelle du point dāindice Ć©tant actuellement fixĆ©e Ć 4,92⬠brut, lāindice majorĆ© doit ĆŖtre au minimum de 380 pour que le traitement mensuel brut atteigne le niveau du SMIC. Or, de nombreux Ć©chelons et niveaux ont un indice infĆ©rieur dans ces catĆ©gories.
Ainsi, au 1erĀ juin 2026, les deux premiers Ć©chelons de la grille indiciaire desĀ AESH, correspondant respectivement aux indices majorĆ©s 371 et 375, ne permettent plus dāatteindre un traitement brut au moins Ć©gal au SMIC. Les AESH devront doncĀ a minimaĀ ĆŖtre rĆ©munĆ©rĆ©s Ć lāĆ©chelon 3, soit Ć lāindice majorĆ© 380, quāils aient presque 9 ans dāanciennetĆ© de services ou quāils viennent dāĆŖtre recrutĆ©sĀ !
De mĆŖme,Ā les assistants dāĆ©ducation en CDI, rĆ©munĆ©rĆ©s Ć lāindice majorĆ© 375, devront percevoir une indemnitĆ© diffĆ©rentielle pour atteindre au moins le SMIC.Ā Les AED en CDD, toujours rĆ©munĆ©rĆ©s Ć lāindice majorĆ© 366 verront leur indemnitĆ© diffĆ©rentielle, versĆ©e depuis novembre 2024, augmenter. En CDD ou en CDI, tous les AED se retrouvent donc au SMICĀ !
Enfin, lāespace indiciaire desĀ contractuels enseignants, CPE et Psy-ENĀ de premiĆØre catĆ©gorie dĆ©butant Ć lāindice majorĆ© 376, les collĆØgues rĆ©munĆ©rĆ©s Ć cet indice verrontĀ de factoĀ leur traitement brut augmenter, soit par un passage Ć lāindice majorĆ© du niveau 2 qui est de 393, soit par le versement dāune indemnitĆ© diffĆ©rentielle SMIC, alors quāils occupent des emplois de cadresā¦
Chez les fonctionnaires deĀ catĆ©gorie C (ADJAENES, ATRF), la situation est catastrophiqueĀ : lāensemble de la grille du premier grade, hormis le dernier Ć©chelon, devient obsolĆØte, ainsi quāune bonne partie des Ć©chelons du grade supĆ©rieur. LesĀ catĆ©gories B (SAENES, TRF)Ā sont Ć©galement touchĆ©es sur une partie des Ć©chelons des deux premiers grades.
En lāabsence de revalorisation conjointe de la valeur du point dāindice, il existe deux possibilitĆ©s pour remettre Ć niveau les rĆ©munĆ©rations infĆ©rieures au SMICĀ :
- la rĆ©fection de lāensemble des grilles
- ou la mise en place dāune indemnitĆ© diffĆ©rentielle compensatoire.
La seconde solution, qui ne nƩcessite aucune concertation, est gƩnƩralement privilƩgiƩe.
En consĆ©quence, plus les salaires sont bas, plus les grilles sont Ć©crasĆ©es, au point que les changements dāĆ©chelon ou de niveau nāentraĆ®nent quāune augmentation infime, voire inexistante pour les indices infĆ©rieurs au niveau du SMIC.
Plus globalement, cāest la notion mĆŖme de carriĆØre qui est mise Ć mal pour lāensemble de nos professions, puisque toutes les grilles se rapprochent du niveau du SMIC, y compris pour les plus diplĆ“mĆ©s. Et un mĆ©tier dans lequel il nāest pas possible dāenvisager une carriĆØre nāattire Ć©videmment pas.
Cāest pourquoi toute hausse lĆ©gitime du SMIC rend plus pressantes les demandes du SNALCĀ :Ā mĆŖme indexation de la valeur du point dāindice sur lāinflation et rĆ©fection gĆ©nĆ©rale de toutes les grilles et espaces indiciaires. Il est urgent de rendre les carriĆØres plus attractives et de proposer des rĆ©munĆ©rations adaptĆ©es aux difficultĆ©s et aux exigences de nos mĆ©tiers.










