L’hiver n’est pas une surprise. Pourtant, en janvier 2026, personnels et élèves ont grelotté dans des bâtiments scolaires laissés au froid pendant les vacances. Pour le SNALC, cette rentrée glaciale révèle une incapacité persistante à anticiper et à investir dans des conditions de travail dignes.
À la reprise des cours début janvier 2026, de nombreux établissements scolaires ont accueilli élèves et personnels dans des conditions indignes : salles de classe à 6, 8 ou 10 °C, chauffage défaillant ou inexistant, établissements contraints de fermer en urgence. Ces situations, loin d’être isolées, ont été signalées dans de nombreuses académies et largement relayées par la presse nationale et régionale.
Cette rentrée chaotique n’est pourtant pas le fruit d’un événement exceptionnel. Les températures hivernales étaient annoncées, comme chaque année. Ce qui a fait défaut, une nouvelle fois, c’est l’anticipation.
Les faits sont établis et concordants.
À Pantin, des salles de classe affichaient 6 °C à la rentrée. À Lyon, dans le Rhône et dans l’Ain, plusieurs écoles et collèges ont signalé des températures inférieures à 10 °C, y compris dans des écoles maternelles. En Normandie, des pannes de chauffage ont conduit à l’annulation des cours pendant plusieurs jours. À Toulouse et en Haute-Garonne, des établissements ont dû fermer en raison de chauffages hors service, de canalisations gelées ou de bâtiments modulaires non isolés. À Roubaix, Carcassonne, dans les Yvelines ou dans le Maine-et-Loire, les mêmes constats ont été faits : froid persistant, improvisation, décisions tardives.
Dans certains établissements, les températures ne se sont pas contentées de descendre sous les 10 °C. Elles ont frôlé le zéro. À la reprise des cours, des relevés faisaient état de salles à 1 ou 2 °C en milieu de matinée ! Dans ces conditions, il devenait impossible d’assurer un enseignement normal, tandis qu’élèves et personnels étaient exposés à des risques sanitaires évidents. Ces situations extrêmes montrent jusqu’où peut conduire l’absence d’anticipation lorsqu’on laisse volontairement des bâtiments scolaires sans protection contre le gel.
Dans certains cas, le gel des circuits a provoqué des fuites d’eau, des inondations de salles, voire des risques électriques qui ont contraint à interrompre brutalement les enseignements après avoir tenté de maintenir les cours « coûte que coûte »
La cause de ces situations est largement identifiée. Dans de nombreux cas, le chauffage a été totalement coupé pendant toute la durée des vacances scolaires, sans mise hors gel suffisante. La remise en route tardive ou brutale des installations a entraîné des ruptures de canalisations, des pannes durables et des réparations d’urgence, souvent inefficaces.
Ces choix relèvent d’une logique d’économies de bout de chandelle. Laisser des bâtiments scolaires geler quelques jours pour réduire la facture énergétique conduit, en réalité, à des fermetures prolongées, à des coûts de réparation importants et à une mise en danger inutile des personnels et des élèves.
Cette rentrée glaciale s’inscrit dans une continuité inquiétante. Après les épisodes caniculaires de ces dernières années, durant lesquels les personnels ont travaillé dans des classes surchauffées, l’hiver 2026 montre l’autre versant du même problème : l’absence de politique cohérente sur le bâti scolaire et les conditions de travail.
Il n’existe toujours pas de normes claires et opposables sur les températures acceptables dans les salles de classe. Faute de cadre précis, on temporise, on laisse les situations se dégrader, et l’on agit trop tard, lorsque les dégâts sont déjà là. Le SNALC alerte pourtant depuis longtemps sur ces dérives.
Comme l’a rappelé récemment le président du SNALC, l’anticipation doit être au cœur de l’action publique, qu’il s’agisse du froid hivernal ou des vagues de chaleur estivales. L’École ne peut continuer à fonctionner dans l’urgence permanente.
Le SNALC ne se contente pas de dresser des constats alarmants. Il revendique une véritable politique d’anticipation des épisodes climatiques pourtant parfaitement prévisibles, qu’il s’agisse du froid hivernal ou des vagues de chaleur estivales. Cela suppose un diagnostic sérieux, systématique et transparent de l’état du bâti scolaire, aujourd’hui largement défaillant, ainsi que des investissements à la hauteur des enjeux, et non des mesurettes ou des arbitrages comptables de court terme.
Le respect des personnels et des élèves impose que leur santé et leur sécurité priment sur toute logique d’économies budgétaires. L’École n’est pas une dépense, mais un investissement. Maintenir durablement élèves et personnels dans des conditions où il est matériellement impossible d’enseigner et d’apprendre ne relève ni de la responsabilité, ni de l’intérêt général.
La rentrée de janvier 2026 met une fois de plus en lumière la dégradation continue des conditions de travail à l’Éducation nationale. Le froid dans les classes n’est pas une fatalité : c’est le résultat de choix politiques et budgétaires assumés. Le SNALC continuera de porter, au niveau national comme local, une exigence claire : des conditions de travail dignes, anticipées et respectueuses, sans lesquelles il ne peut y avoir d’École de qualité.





