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Silence, on coule.

À l’Éducation nationale, on réforme, on ajuste, on corrige, puis l’on revient en arrière. On annonce, on expérimente, on renomme, on “assouplit”, avant de défaire ce qui a été fait quelques mois plus tôt. Le problème n’est pas l’existence de réformes, mais leur accumulation sans cap, sans anticipation et sans moyens. Cette mécanique du « faire et défaire » ne résout rien : elle organise le bricolage permanent et finit par user les personnels comme les élèves.

Cette dérive apparaît de façon particulièrement nette lorsqu’on regarde le réel, sans discours ni éléments de langage.

Au collège Henry-Dunant de Culoz (Ain), des élèves de 6e et de 4e sont privés de cours de français depuis la rentrée de septembre. La situation, documentée par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, dure depuis plusieurs mois. Le remplacement était pourtant parfaitement prévisible : un congé maternité annoncé, puis un second enseignant absent. Faute d’anticipation, les tentatives de remplacement n’ont pas abouti et les familles sont contraintes de pallier elles-mêmes les manques, au prix d’inquiétudes légitimes pour la scolarité des élèves.

Cette situation a même été évoquée au Sénat le 8 janvier 2026. Le ministre de l’Éducation nationale y a affirmé qu’une professeure contractuelle avait été nommée et avait pris ses fonctions. Or, près de deux semaines plus tard, la presse constatait que les élèves restaient toujours privés de cours de français, faute de remplacement effectif et durable. Ce décalage entre l’affichage institutionnel et la réalité du terrain est révélateur : sur le papier, le problème est considéré comme réglé ; dans les faits, il ne l’est pas.

Quand l’institution ne parvient plus à assurer l’essentiel, elle compense en demandant aux équipes de porter l’impossible. On supprime ou modifie des dispositifs en cours d’année, on bouleverse les organisations locales, on impose des changements tardifs. Cette désorganisation permanente pèse lourdement sur les conditions de travail. Le SNALC l’a montré à propos des délais de prévenance : l’administration impose des contraintes strictes aux personnels tout en se réservant la possibilité de prévenir au dernier moment, sans cadre national clair ni respect de la vie personnelle. Cette asymétrie n’est pas anodine : elle constitue une véritable violence institutionnelle.

À cette violence organisationnelle s’ajoute une dégradation préoccupante du climat de travail. La santé mentale des personnels reste largement ignorée, réduite à des discours de façade. Lorsque des collègues vacillent, la réponse institutionnelle se traduit trop souvent par des injonctions supplémentaires, voire par une remise en cause de leur professionnalité. Le SNALC alerte pourtant depuis longtemps sur l’épuisement, l’isolement et les risques psychosociaux qui progressent dans un contexte de surcharge et d’injonctions contradictoires.

La question de l’école inclusive cristallise ces dérives. Sur le papier, l’ambition est consensuelle ; sur le terrain, l’inclusion est trop souvent menée au rabais, sans moyens humains, matériels ou médico-sociaux suffisants. Les enseignants sont sommés de s’adapter à tout, dans des classes parmi les plus chargées d’Europe, tandis que les AESH subissent une précarité persistante et des situations de plus en plus violentes. Les remontées de terrain font état de violences physiques répétées, de détresse et d’arrêts de travail. Là encore, l’absence de cadre et de limites claires alimente la souffrance.

Cette instabilité se retrouve dans les choix pédagogiques eux-mêmes. L’épisode des groupes au collège en est une illustration : imposés sans moyens, ils ont dégradé les conditions de travail sans bénéfice réel pour les élèves, avant d’être remis en cause. Faire, puis défaire : le schéma se répète.

Dans ce contexte, la montée de la judiciarisation n’est pas un hasard. Les contentieux explosent, tant du côté des personnels que des usagers. Quand le cadre devient flou et que l’institution se défausse de ses responsabilités, le recours au droit devient un ultime moyen de protection.

Enfin, cette désorganisation s’inscrit dans un cadre budgétaire et salarial profondément dégradé. Le gel du point d’indice, la perte de pouvoir d’achat et l’absence de perspectives contribuent à une crise d’attractivité durable. Le non-remplacement n’est pas une anomalie : c’est la conséquence logique d’un système qui peine à recruter et à fidéliser.

Le constat est clair. Faute de cap, d’anticipation et de moyens, l’Éducation nationale accumule les réponses partielles et demande aux personnels de maintenir à flot ce qui ne tient plus. Le SNALC continuera de porter une exigence simple et constante : le respect de la professionnalité, des conditions de travail dignes et des politiques éducatives construites dans la durée. Sans cela, on continuera à faire et défaire et à laisser l’École couler en silence.

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