L’annonce du dispositif par le ministre avait fait son petit effet : il s’agissait de « mettre le paquet » sur les 800 collèges (soit 15 %) les plus en difficulté. Le SNALC attendait donc de voir et pouvait même envisager de soutenir l’annonce de la DGESCO : les moyens jusqu’alors consacrés aux groupes de 6e seraient redéployés au profit de ces collèges.
Las, finalement, à défaut de moyens supplémentaires, le Ministère propose de distribuer les « leviers d’action » dont il a le secret : ils seront bien entendu construits « au plus près des réalités de terrain ». Citons notamment parmi ces leviers « Devoirs faits », AP, réunions de travail et formation des enseignants. Or, « Devoirs faits » repose largement sur le volontariat – sauf en 6e pour les élèves, mais en 6e aussi pour les professeurs. Quant à l’accompagnement personnalisé, il suppose de sacrifier options et effectifs réduits en sciences et en langues. Dans ces conditions, il n’est pas difficile de deviner ce qui risque de devenir le cœur du dispositif : les réunions et la formation des enseignants.
Tout est d’ailleurs prévu pour un accompagnement renforcé des équipes éducatives. Le pilotage sera assuré par un groupe d’experts dont les DASEN pourront faire partie. Cet aréopage de spécialistes s’appuiera sur une batterie d’indicateurs pour « coconstruire avec le collectif du collège une feuille de route pluriannuelle ». Pilotage, indicateurs, experts, leviers, rien ne manque au jargon technocratique qui est devenue la marque de fabrique de l’Éducation nationale. L’objet rappelle furieusement la mise en place des conseils académiques des savoirs fondamentaux, institutions présidées par le recteur dont le principal « levier » consiste à faire intervenir les inspecteurs pour vérifier que les professeurs travaillent de la bonne manière, diffuser la bonne parole pédagogique et organiser les formations censées remédier à leurs supposées insuffisances
Le SNALC s’est déjà opposé à ce type de dispositif déployé sans moyens, mais pas sans arrière-pensées. Les effets de ces pépites managériales finissent en effet toujours par retomber sur les professeurs. Quand les résultats ne sont pas au rendez-vous, les causes sont connues : les professeurs ne sont pas assez formés et doivent remettre en cause leurs pratiques.
Or, le SNALC rappelle les besoins urgents des professeurs : des programmes solides, du temps pour les mettre en œuvre et des rémunérations à la hauteur de leurs responsabilités. Les leviers, les pilotes, les réunions supplémentaires et les formations imposées ne figurent pas dans la liste. Les vrais experts de l’enseignement sont dans les classes. Il faut leur donner les moyens de travailler, leur faire confiance et les laisser enseigner !





