L’an dernier, le SNALC constatait que le sujet des rémunérations n’était plus à l’ordre du jour. Cette année, il faut aller plus loin : le gouvernement a désormais officiellement acté que le gel allait se poursuivre jusqu’à la fin de son mandat.
Lors du « rendez-vous salarial » du 8 juillet 2026, le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a annoncé qu’il n’y aurait aucune revalorisation générale du point d’indice sous l’exercice du gouvernement actuel, donc avant les élections présidentielles.
La dernière augmentation reste donc celle du 1er juillet 2023 (+1,5 %), et le point d’indice mensuel est figé à 4,9228 € depuis cette date. Seules quelques mesures ciblées ont été évoquées – amélioration de la progression de carrière, meilleure prise en compte de l’expérience à l’entrée dans la fonction publique, quotas de promotion interne – mais elles restent conditionnées à l’adoption d’un budget 2027 dont l’issue est, dans le contexte politique actuel, tout sauf garantie.
Pendant ce temps, le SMIC continue, lui, sa progression mécanique, puisqu’il est indexé sur l’inflation : +1,18 % au 1er janvier 2026, puis +2,41 % au 1er juin 2026, ce qui l’a porté à 1 867,02 € brut mensuel. Depuis la dernière hausse du point d’indice en juillet 2023, l’inflation cumulée atteint désormais +5,14 %, soit une perte de pouvoir d’achat équivalente pour tous les agents dont la rémunération repose sur le traitement indiciaire.
La GIPA, instaurée pour compenser en partie ce type de décrochage, demeure suspendue depuis 2024 et ne sera pas rétablie.
LE TASSEMENT DES GRILLES S’ACCÉLĂˆRE
Cette double dynamique – point d’indice gelĂ©, SMIC en hausse – produit des effets de plus en plus violents sur les grilles de rĂ©munĂ©ration de l’Éducation nationale. Au 1er juin 2026, plusieurs Ă©chelons sont purement et simplement rattrapĂ©s par le SMIC : les deux premiers Ă©chelons des AESH, l’indice des AED en CDI comme en CDD, le premier niveau des contractuels enseignants, CPE et Psy-EN, ainsi qu’une large partie de la grille de catĂ©gorie C (ADJAENES, ATRF) et certains Ă©chelons de catĂ©gorie B. RĂ©sultat : des collègues ayant plusieurs annĂ©es d’anciennetĂ© perçoivent le mĂªme traitement que des personnels qui viennent dâ€™Ăªtre recrutĂ©s. La notion mĂªme de carrière est ainsi vidĂ©e de son sens.
Face Ă cette situation, le gouvernement privilĂ©gie la solution la moins coĂ»teuse et la moins concertĂ©e : le versement d’indemnitĂ©s diffĂ©rentielles SMIC plutĂ´t que la refonte des grilles. Le ministre a tout de mĂªme annoncĂ© vouloir engager un chantier visant à « absorber » ces indemnitĂ©s diffĂ©rentielles en les intĂ©grant sous forme de points dans les Ă©chelons concernĂ©s, mais comme par le passĂ©, cela ne rĂ©glera rien sur le fond, puisque le problème resurgira dès la prochaine hausse du SMIC.
LES ENSEIGNANTS, DÉCLASSÉS EN DÉBUT COMME EN FIN DE CARRIĂˆRE
Les professeurs ne sont pas Ă©pargnĂ©s par ce mouvement, mĂªme s’ils ne sont pour l’instant pas directement rattrapĂ©s par le SMIC. En juin 2026, un professeur certifiĂ© nĂ©otitulaire perçoit un traitement brut reprĂ©sentant seulement 1,04 fois le SMIC – contre 1,83 fois en 1980 – et un agrĂ©gĂ© nĂ©otitulaire 1,2 fois, contre plus de 2 fois Ă la mĂªme date. L’écart avec le salaire minimum, dĂ©jĂ rĂ©duit Ă peau de chagrin, continue de se resserrer d’annĂ©e en annĂ©e, y compris depuis la prime Grenelle et les revalorisations de 2023.
Ce phĂ©nomène n’épargne pas non plus les fins de carrière, qui n’ont pas bĂ©nĂ©ficiĂ© de la prime Grenelle. Un certifiĂ© au dernier Ă©chelon de la hors-classe perçoit aujourd’hui un traitement brut reprĂ©sentant 2,18 fois le SMIC, contre 3,55 fois en 1980 ; pour un agrĂ©gĂ© au mĂªme Ă©chelon, le ratio est passĂ© de 5,3 Ă 2,58. Autrement dit, un professeur qui termine sa carrière au sommet de la hors-classe touche aujourd’hui Ă peine plus de la moitiĂ© de ce que percevait, proportionnellement au SMIC, son homologue de 1980. La convergence entre certifiĂ©s et agrĂ©gĂ©s observĂ©e en fin de carrière – l’écart entre les deux corps n’est plus que de 0,4 point de ratio SMIC, contre près de 2 points en 1980 – illustre Ă quel point la hiĂ©rarchie des rĂ©munĂ©rations, pourtant censĂ©e reconnaĂ®tre un niveau de qualification plus Ă©levĂ©, s’est progressivement effacĂ©e. C’est bien toute la grille, de l’entrĂ©e dans le mĂ©tier jusqu’à son sommet, qui dĂ©croche.
NB : Depuis l’instauration du PPCR en 2017, les professeurs sont supposés avoir atteint le grade de la hors classe avant de partir à la retraite. Le dernier grade, la classe exceptionnelle, ne concerne encore qu’une minorité des enseignants.
UNE ANNÉE 2024 EN TROMPE-L’Å’IL POUR LES ENSEIGNANTS
Une note d’information de la DEPP publiĂ©e le 20 aoĂ»t 2026 (voir Ă©dito ci-dessus) pourrait Ăªtre instrumentalisĂ©e par le ministère pour contester ce diagnostic. En effet, elle indique qu’en 2024, le salaire net moyen des enseignants fonctionnaires a progressĂ© de 4,3 % en euros constants par rapport Ă 2023. Cette hausse rĂ©sulte presque intĂ©gralement des dernières mesures de revalorisation mises en Å“uvre en 2023 – doublement des parts fixes de l’ISOE et de l’ISAE au 1er septembre 2023, mise en Å“uvre du Pacte enseignant, hausse du point d’indice de juillet 2023 et attribution de cinq points d’indice supplĂ©mentaires au 1er janvier 2024 – dont l’effet en annĂ©e pleine s’est fait sentir en 2024. Pour les enseignants n’ayant connu aucun changement d’échelon, de grade ou de quotitĂ© de travail entre 2023 et 2024 (plus d’un enseignant sur deux), la hausse mĂ©diane retombe Ă 3,1 %, portĂ©e quasi exclusivement par ces dispositions.

Par ailleurs, mĂªme avec ces mesures, 13 % des enseignants ont vu leur salaire net reculer en euros constants sur la pĂ©riode, et 8 % ont stagnĂ© – la note prĂ©cise mĂªme que 24% des professeurs agrĂ©gĂ©s ont vu leur rĂ©munĂ©ration diminuer de plus de 1%.
 Avec le gel du point d’indice et l’arrĂªt de toute mesure et dispositif de revalorisation et de compensation de l’inflation depuis lors, de futures Ă©tudes similaires de la DEPP pour les annĂ©es 2025 et suivantes constateront – si elles sont publiĂ©es – une baisse de revenus d’une grande partie des enseignants en euros constants.
DES MESURES CATÉGORIELLES ANECDOTIQUES
Pour l’Éducation nationale spécifiquement, le projet de loi de finances pour 2026 est éloquent : les mesures catégorielles nouvelles ne représentent qu’environ 11 millions d’euros, contre 419 millions d’euros liés au seul glissement vieillesse-technicité (l’avancement mécanique à l’ancienneté). Autrement dit, la quasi-totalité de la progression salariale affichée par le Ministère ne provient d’aucune décision politique de revalorisation, mais du déroulement normal des carrières. Quant à la mesure de « dynamisation des carrières » des enseignants (réduction de la durée de séjour dans certains échelons), annoncée pour le 1er septembre 2025 puis repoussée d’un an, elle n’est plus aujourd’hui à l’ordre du jour pour la rentrée 2026 – sans qu’aucune nouvelle échéance ait été fixée par le Ministère.
Enfin, le Pacte, présenté comme la principale voie de rémunération complémentaire pour les enseignants, voit son financement fragilisé par les contraintes budgétaires annoncées pour 2027, sans qu’aucun mécanisme de remplacement soit à ce jour évoqué pour les missions qu’il est censé couvrir (remplacements de courte durée notamment).
CE QUE DEMANDE LE SNALC
Pour le SNALC, l’urgence est double :
- une indexation du point d’indice sur l’inflation, qui seule permettrait de sortir de la logique du rattrapage permanent et de la compensation a minima,
- et une refonte générale de l’ensemble des grilles et espaces indiciaires, afin de restaurer une véritable logique de carrière — de la catégorie C jusqu’aux enseignants agrégés, dont la rémunération continue de se rapprocher de celle des certifiés.
Sans cela, les difficultés de recrutement, déjà installées dans la plupart des métiers de l’Éducation nationale, ne pourront que s’aggraver








