
À l’occasion de la sortie du film « L’Abandon » retraçant les derniers jours de Samuel Paty, Maxime Reppert, vice-président du SNALC, livre un témoignage poignant. Alors que le long-métrage ravive la douleur et la colère au sein de la communauté éducative, il dresse un constat d’échec six ans après le drame. Loin des discours de circonstance, il affirme que la peur n’a pas quitté les écoles et que les enseignants restent des cibles, appelant à des mesures concrètes plutôt qu’à de simples promesses de sanctuarisation.
Maxime Reppert, vice-président du SNALC, est l’invité de CNEWS le 14/05/2026.

CNEWS – Mickael Dorian
On est avec Maxime Reppert du SNALC, le syndicat des personnels de l’Éducation nationale. Bonsoir Maxime Reppert, merci d’être en direct avec nous sur CNews. Le film est sorti hier, d’abord l’avez-vous vu Maxime ?
SNALC – Maxime Reppert
Oui, j’ai eu l’occasion de le voir et j’ai ressenti beaucoup d’émotions. Des collègues également sont allés le voir. J’en ai notamment une qui m’a dit ce matin qu’elle est sortie en pleurs, parce que ça a ravivé beaucoup d’émotions, beaucoup de tristesse, beaucoup de colère aussi. Puisque Samuel Paty, ce n’est pas simplement l’assassinat d’un de nos collègues, c’est aussi tout un symbole.
CNEWS – Mickael Dorian
Qu’est-ce que vous en avez pensé de ce film, Maxime Reppert ?
SNALC – Maxime Reppert
J’ai trouvé que ce film retraçait bien les derniers jours de Samuel Paty. Il retranscrit le sentiment d’abandon de notre collègue, comme si le sol se dérobait sous lui, ainsi que l’incompréhension et la peur. La peur, la solitude. Voilà, c’est vraiment un film qui, je pense, mériterait d’être visionné dans les salles de classe et d’être montré aux élèves notamment. Parce que Samuel Paty, ce n’est pas simplement la question de la liberté d’expression. C’est aussi montrer le danger des réseaux sociaux.
CNEWS – Mickael Dorian
Absolument.
SNALC – Maxime Reppert
C’est en fait beaucoup de choses qui tournent autour du drame de Samuel Paty, beaucoup de thématiques.
CNEWS – Mickael Dorian
Le film était projeté hier aussi au Festival de Cannes et aujourd’hui la sœur du professeur, Michaëlle Paty, était l’invitée d’RTL. Le ministre de l’Éducation nationale était convié à cette projection hier, il n’y est pas allé. C’est une faute selon vous Maxime Reppert ?
SNALC – Maxime Reppert
Je ne sais pas si c’est une faute, vous savez, mais je veux rebondir sur ces mots. C’est vrai que Samuel Paty est mort il y a bientôt six ans. Et pour autant, depuis six ans, on se rend compte que le sang a continué de couler à l’école et que rien n’a changé. Pas grand-chose n’a changé, du moins. Et voilà, c’est ça aussi : les maux de la société que l’on retrouve à l’école, on a l’impression qu’on ne les règle pas.
CNEWS – Mickael Dorian
Quelle leçon est-ce qu’on a tirée finalement six ans après ce terrible drame ?
SNALC – Maxime Reppert
Aucune.
CNEWS – Mickael Dorian
Aucune ?
SNALC – Maxime Reppert
Aucune, écoutez. Samuel Paty est mort, Samuel est mort, Dominique [Bernard] est mort, on a également Agnès [Lasalle], on a également Mélanie [Grapinet], et on en aura d’autres demain malheureusement. Parce que dès qu’il y a du sang qui coule dans une école, eh bien on a toujours la même rengaine. La même rengaine, c’est de dire : « Ben voilà, il va falloir mettre des portiques, qu’il va falloir faire des fouilles, il va falloir faire ceci, il va falloir faire cela. Plus jamais ça, l’école doit être sanctuarisée. » On entend beaucoup, beaucoup, beaucoup de discours, beaucoup d’indignations, beaucoup d’émotions. Mais regardez, six ans après, la peur, elle est toujours là. Les enseignants deviennent de plus en plus des cibles. L’école devient une cible. L’école est contestée et les valeurs républicaines également. Et rien n’a changé.
[…]

CNEWS – Mickael Dorian
Maxime Reppert, est-ce que vous êtes favorable, bien sûr, à l’entrée de Samuel Paty au Panthéon ?
SNALC – Maxime Reppert
Oui, bien entendu. Bien entendu, parce que Samuel Paty, encore une fois, ce n’est pas simplement un homme, ce n’est pas simplement un enseignant, c’est aussi tout un symbole. Et je pense justement qu’à ce titre, il aurait sa place au Panthéon, de par ce qu’il représente, et aussi de par son action, de par son travail.
CNEWS – Mickael Dorian
Moi je vais même vous dire autre chose, c’est-à-dire que finalement, et c’est là où elle a raison, Mickaëlle Paty, c’est que, qu’on soit favorable ou non, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il se prononce sur ce sujet. C’est-à-dire qu’il nous dise : « Oui, je suis favorable à l’entrée de Samuel Paty parce qu’il représente ça », ou « Non, je ne le suis pas ». Et qu’il nous explique pourquoi. Parce que moi, je suis persuadé qu’il va rester silencieux sur ce sujet.
[…]
CNEWS – Mickael Dorian
Maxime Reppert ?
SNALC – Maxime Reppert : Oui, je voudrais juste rajouter quelque chose par rapport à Samuel Paty. Rebondir sur votre question de tout à l’heure, sur votre impression que rien n’a changé depuis six ans. Vous savez, nous, au niveau du SNALC, on demande simplement que trois leviers soient actionnés, si vous voulez. Le premier levier, c’est au niveau de l’Éducation nationale. C’est-à-dire qu’il faut davantage de personnel encadrant, davantage de profs, et surtout, il faut pouvoir rétablir leur autorité. C’est-à-dire que l’autorité d’un enseignant, la parole d’un enseignant, ne doit plus être au même niveau que celle d’un élève ou d’un parent. Ça, c’est le premier point. Le deuxième, c’est qu’il faut responsabiliser les parents et les élèves. Il faut arrêter avec la politique de l’excuse, avec une bienveillance qui n’est en fait plus que du laxisme. Et enfin, il faut vraiment investir sur la santé mentale des jeunes et des personnels.
CNEWS – Mickael Dorian
Merci beaucoup Maxime Reppert. Merci d’avoir été avec nous du syndicat national des personnels de l’Éducation nationale.

CNEWS – Mickael Dorian
Maxime Reppert ?
SNALC – Maxime Reppert : Oui, je voudrais juste rajouter quelque chose par rapport à Samuel Paty. Rebondir sur votre question de tout à l’heure, sur votre impression que rien n’a changé depuis six ans. Vous savez, nous, au niveau du SNALC, on demande simplement que trois leviers soient actionnés, si vous voulez. Le premier levier, c’est au niveau de l’Éducation nationale. C’est-à-dire qu’il faut davantage de personnel encadrant, davantage de profs, et surtout, il faut pouvoir rétablir leur autorité. C’est-à-dire que l’autorité d’un enseignant, la parole d’un enseignant, ne doit plus être au même niveau que celle d’un élève ou d’un parent. Ça, c’est le premier point. Le deuxième, c’est qu’il faut responsabiliser les parents et les élèves. Il faut arrêter avec la politique de l’excuse, avec une bienveillance qui n’est en fait plus que du laxisme. Et enfin, il faut vraiment investir sur la santé mentale des jeunes et des personnels.
CNEWS – Mickael Dorian
Merci beaucoup Maxime Reppert. Merci d’avoir été avec nous du syndicat national des personnels de l’Éducation nationale.







