
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les propositions se multiplient pour revaloriser la rémunération des enseignants. Interrogé à plusieurs reprises fin août 2026 — sur RMC puis sur franceinfo — le président du SNALC, Jean-Rémi Girard, a livré une analyse sans concession de ces annonces, entre scepticisme sur les promesses de campagne et contestation des chiffres officiels.
Jean-Rémi Girard, président du SNALC, est l’invité de France Info et Le Figaro le 30 août 2026.
Des promesses déjà entendues… et jamais tenues
Les candidats Gabriel Attal (Renaissance) et Édouard Philippe (Horizons) ont dégainé ces derniers jours leurs propositions de revalorisation. Pour Jean-Rémi Girard, le scénario a un air de déjà-vu : « on les a déjà entendues en 2022 et en 2017 ». Le président du SNALC décrit un mécanisme bien rodé : l’idée de revaloriser les enseignants revient à chaque campagne, avant de se heurter aux arbitrages budgétaires une fois l’échéance électorale passée. Il pointe aussi un déséquilibre entre les générations : les débuts de carrière sont un peu mieux traités pour gagner en attractivité, tandis que les enseignants de 40-50 ans restent sur le bord de la route, alors même que leur pouvoir d’achat s’est fortement érodé en trente ans, au point d’être aujourd’hui rattrapé par le SMIC.
Le chiffre de 3 090 euros mis en doute
Le débat a été relancé par une étude du ministère de l’Éducation nationale, publiée le 20 août, qui évalue le salaire moyen des enseignants à 3 090 euros net par mois en 2024, primes comprises. Jean-Rémi Girard conteste la lecture qui en est faite : selon lui, cette hausse apparente traduit avant tout le vieillissement de la profession — une pyramide des âges dominée par les quinquagénaires, mécaniquement mieux payés grâce à l’ancienneté — et non une réelle amélioration salariale. Il rappelle également que ce montant intègre les heures supplémentaires, les missions complémentaires ou la direction d’école, tout en excluant les 8 % de professeurs contractuels, pourtant les moins bien rémunérés. Sa conclusion est sans appel : « ce chiffre, il ne veut rien dire ». Pour le SNALC, la réalité est ailleurs : à niveau bac+5, un enseignant, fonctionnaire de catégorie A, perçoit en moyenne 900 euros net de moins par mois que les autres agents publics de même catégorie.
Attal, Philippe, Glucksmann : trois propositions passées au crible
Trois candidats ont désormais chiffré leurs engagements. Gabriel Attal propose une hausse de 200 euros net par mois en début de carrière, pouvant atteindre 500 euros net pour les enseignants en milieu de carrière. Édouard Philippe avance une augmentation de la rémunération moyenne de 20 % sur cinq ans. Raphaël Glucksmann (Place publique), de son côté, défend une hausse uniforme de 10 % pour tous les enseignants, complétée par une progression graduelle selon l’ancienneté — une proposition qu’il a lui-même qualifiée de raisonnable, tout en doutant qu’elle compense l’inflation sur la période.
Face à ces annonces, Jean-Rémi Girard affiche sa prudence : « une fois encore, on jugera sur pièces ». Il rappelle surtout que les candidats issus de la majorité sortante ont disposé de dix ans au pouvoir pour agir sur ce dossier, avant de conclure, non sans ironie : « où étaient les dirigeants de la majorité quand elle était au pouvoir ? ».
Le vrai chantier, selon le SNALC : attractivité et conditions de travail
Au-delà des chiffres, Jean-Rémi Girard recentre le débat sur ce qu’il considère comme l’urgence réelle : l’attractivité du métier et les conditions de travail. Il cite en particulier la montée en charge de l’école inclusive, gérée selon lui avec des moyens humains très insuffisants — les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) étant rémunérés très en dessous du seuil de pauvreté.
Une rentrée déjà sous tension
Ces prises de position interviennent alors que la rentrée scolaire s’annonce particulièrement compliquée sur le plan logistique, en raison d’une cyberattaque ayant visé l’Éducation nationale au cours de l’été. La situation est jugée dégradée à Nantes et extrêmement dégradée à Toulouse, les établissements peinant même à faire remonter leurs effectifs d’élèves par les canaux habituels.






