La note de la DEPP Ć©tablit le niveau moyen des enseignants Ć 3Ā 090 ⬠net par mois ā 3Ā 180 ⬠pour les enseignants Ć temps complet, ce qui pourra Ć©tonner nombre dāenseignants qui en prendront connaissance et dont la fiche de paie est loin dāindiquer ce salaire pourtant modeste pour un agent de catĆ©gorie A.
En effet, cette moyenne masque des Ć©carts considĆ©rables selon le corps, comme le prĆ©cise la DEPP et, surtout, inclut la part croissante que reprĆ©sentent les primes et indemnitĆ©s dans la rĆ©munĆ©ration des enseignants. Or, Ć la diffĆ©rence du traitement indiciaire, ces primes reposent largement sur des dispositifs conditionnĆ©s Ć un travail supplĆ©mentaire (missions du Pacte, heures supplĆ©mentaires, indemnitĆ©s de fonction) : elles ne constituent en rien une garantie de rĆ©munĆ©ration pĆ©renne, et peuvent disparaĆ®tre dāune annĆ©e sur lāautre si lāenseignant renonce Ć ces missions ou si les dispositifs eux-mĆŖmes ne sont pas reconduits ā ce qui est prĆ©cisĆ©ment le risque qui pĆØse sur le Pacte enseignant pour la rentrĆ©e 2026. De plus, les enseignants, selon leur corps, leur discipline, leur niveau dāenseignement, nāy ont pas un Ć©gal accĆØs, si tant est quāils souhaiteraient travailler davantage.
Rappelons par ailleurs que lāĆ©cart des rĆ©munĆ©rations des enseignants par rapport aux autres fonctionnaires de catĆ©gorie A reste considĆ©rable, comme le confirme chaque annĆ©e le rapport annuel sur lāĆ©tat de la fonction publique[1]. Le dernier rapport de la DGAFP sur lāĆ©tat des rĆ©munĆ©rations dans la fonction publique indique ainsi quāen 2023, les fonctionnaires enseignants de la fonction publique dāĆtat percevaient en moyenne 3 138 euros nets par mois, contre 4 052 euros pour les autres fonctionnaires de catĆ©gorie A ā soit un Ć©cart de 914 euros, restĆ© quasiment inchangĆ© malgrĆ© les revalorisations indemnitaires engagĆ©es entre 2021 et 2023.
Le SNALC documente ce constat depuis longtemps : dĆØs 2019, dans un article consacrĆ© aux donnĆ©es 2016 du mĆŖme rapport officiel, le SNALC alertait dĆ©jĆ sur un Ć©cart de 880 euros nets par mois entre le salaire moyen des enseignants (2 752 ā¬) et celui des autres cadres de la fonction publique dāĆtat (3 632 ā¬). Sept ans plus tard, lāĆ©cart en euros courants sāest mĆŖme creusĆ© (914 ⬠contre 880 ā¬) ā ce qui signifie quāil ne sāagit pas dāun problĆØme conjoncturel, mais dāun dĆ©classement structurel du corps enseignant au sein de la catĆ©gorie A.
La part des primes dans le salaire brut reste deux fois plus faible chez les enseignants fonctionnaires (17,2 %) que chez les autres fonctionnaires de catĆ©gorie A (32,9%), et ce malgrĆ© la part croissante des primes dans la rĆ©munĆ©ration enseignante, primes qui sont donc non seulement insuffisantes, mais inĆ©galitaires. Cette proportion, lĆ encore, nāa quasiment pas variĆ© depuis 2016 : le SNALC relevait dĆ©jĆ Ć lāĆ©poque une part de primes de 17,5 % chez les enseignants contre 30 % chez les autres fonctionnaires de catĆ©gorie A. Ce doublement structurel de lāĆ©cart de rĆ©munĆ©ration indemnitaire nāest donc pas une anomalie rĆ©cente, mais une constante que le ministĆØre nāa jamais corrigĆ©e : la « Prime Grenelle, censĆ©e renforcer lāattractivitĆ© du mĆ©tier en partant du constat juste de la faiblesse de la part indemnitaire dans les rĆ©munĆ©rations des enseignants, est un Ć©chec.
Le SNALC continue donc logiquement de rĆ©clamer lāinstauration dāun rĆ©gime indemnitaire pĆ©renne pour lāintĆ©gralitĆ© des enseignants et Ć©quivalent en proportion Ć celui des autres agents de catĆ©gorie A.





